Parc national des Calanques
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L’élevage de moutons et de chèvres : une pratique ancienne, forte et avérée dans les Calanques

D’après les cadastres et les cartes anciennes qui évoquent régulièrement des « pâturages » ou « baouque », la pratique de l’élevage de moutons et de chèvres est très ancienne dans les Calanques. Elle a même été fort pratiquée jusqu’au milieu du XIXe siècle.

 

Pour quelle raison ?

Tout simplement, parce que les moutons et les chèvres étaient d’importants fournisseurs de lait dans une région où les pâturages, souvent pauvres par manque d’eau, pouvaient nourrir peu de gros bétail... Ces animaux apportaient en plus deux ressources aux hommes : la viande et la laine. 

 

Quels sont les éléments prouvant l’existence de cette pratique ?

Des études archéozoologiques sur des restes fauniques datant du Ve siècle après Jésus-Christ témoignent de l’ancienneté de ces élevages d’ovins et de caprins sur le territoire. Elles démontrent en effet, parmi les sept espèces domestiques et sauvages consommées à l’époque, que les ovins et les caprins sont majoritaires, les bovins et les porcins rares, et les petits élevages (volailles et lapins) ainsi que les animaux issus de la faune sauvage (cervidés et sangliers) anecdotiques.

Les bergeries, aussi nommées « jas » en provençal (terme venant du latin « jacium » signifiant « gîte »), constituent une autre preuve. Construites en pierres sèches, elles permettaient d’accueillir des ovins et des caprins à l’écart des fermes et des hameaux, au milieu des terres de dépaissance.

Parmi elles, certaines sont encore visibles :

  • jas du Berger (jas du col de Sugiton)
  • jas Henri, dans le vallon de Luinant (environ 50 m2)
  • jas de Pierre Puget, sur le sentier menant à la grotte de Rolland
  • Saint-Marcel
  • La Barasse
  • Vallon du Cerisier
  • Carpiagne (la plus grande, environ 160 m2)

D’autres ont aujourd’hui totalement disparu et ne sont connus qu’au travers des cartes anciennes, tel le jas de la Seigneurie.

 

Les bergeries aujourd’hui conservées ont pour la plupart été construites entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. Elles présentent presque toutes le plan de base suivant : un bâtiment allongé divisé en deux ou trois travées, couvert d’une toiture à une pente. Elles comprennent un espace clos, un espace ouvert de type enclos attenant et, le plus souvent, un mobilier céramique qui atteste du long temps passé par les bergers dans les bergeries. Mesurant 50 à 160 m2, ces bergeries laissent supposer l’élevage de troupeaux particulièrement importants. 

Jas Henri, vallon de Luinant © Anne-Marie d’Ovidio, Revue Marseille, n°245, p. 58